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Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Date de publication : 06/06/2016
Vous êtes inquiet par la pénurie de médecins, notamment des généralistes ? Direct Emploi fait le point sur ce défi d’actualité.

Les déserts médicaux, véritable défi pour le territoire français

La pénurie de médecin s’accentue en France depuis le début du XXIème siècle. La profession la plus touchée est celle de médecin généraliste avec une baisse de 8,4% depuis 2007. La dernière étude du Conseil National de l’Ordre des Médecins est inquiétante. Seuls deux départements, la Savoie et la Loire-Atlantique, sont épargnés par la pénurie de professionnels de santé.

Tous les niveaux politiques prennent en compte la gravité du phénomène. Sans réforme structurelle, l’Ordre des Médecins a prévu que la France aurait perdu un quart de ses généralistes en 2025. Les déserts médicaux sont un objectif politique pour le bien-être de la population nationale. Aujourd’hui, près de 2,5 millions de français vivent dans des déserts médicaux.

Plusieurs mesures sont prises notamment au niveau national. La Ministre de la Santé, Marisol Touraine, a lancé deux plans de lutte contre les déserts médicaux qui n’ont pas réussi à inverser la tendance.

Au niveau communal, la question des déserts médicaux est si préoccupante qu’elle a été abordée en premier, mardi 31 mai, au 99ème Congrès des Maires.

Quelles sont les mesures prises pour combler la pénurie de médecins généralistes ?

Une nouvelle proposition a été faite le 25 mai 2016 aux syndicats de médecins pour lutter contre les déserts médicaux.

L’idée est de modifier le système précédent qui n’a pas réussi à endiguer le phénomène. Il consistait à faire jouer une « option géographique » qui permettait aux jeunes médecins et aux praticiens déjà installés de toucher un avantage financier. Le médecin s’engageait pour 3 ans sur une zone déficitaire. Il gagnait 5000 euros par an s’il travaillait en maison de santé, 2500 s’il était en pôle de santé c’est-à-dire en lien avec des confrères mais sans être en cabinet. Ils avaient aussi une majoration de 10% de leurs honoraires. Seuls 2075 médecins avaient choisi d’y adhérer dont 190 nouveaux installés.

La nouvelle proposition est faite par l’Assurance Maladie qui propose 50 000 euros. Cette aide à l’installation serait versée sur 2 ans pour tous les médecins généralistes acceptant de s’installer en zone déficitaire pour une durée minimum de 3 ans. Le montant proposé par l’Assurance Maladie représente environ 5000 euros de plus que les aides à l’installation précédentes.

La nouvelle formule pour lutter contre les déserts médicaux prévoit aussi une prime pour les médecins maîtres de stage dans les zones déficitaires. Ils verraient leur prime augmentée de 50% soit 300 euros de plus pour prendre un stagiaire.

Autre incitation : les médecins sur le point de partir à la retraite peuvent signer un contrat de « compagnonnage ». Ce contrat est fondé sur le principe du « contrat de génération » pour le secteur médical. Le médecin généraliste sénior qui accueille dans son cabinet un associé de moins de 50 ans aurait le droit à une aide annuelle de 20 000 euros maximum pendant trois ans. Le dispositif espère aussi attirer les spécialistes qui sont très peu nombreux dans les déserts médicaux. Pour favoriser la relève de génération, les médecins de plus de 60 ans ont une majoration de 10% de leurs honoraires s’ils accueillent un nouvel associé. Sinon, la majoration est supprimée car elle bénéficiait majoritairement aux médecins déjà en poste.

Quelles autres solutions pour lutter contre la pénurie ?

Les Maires ont fait part de solutions propres à leurs communes. En effet, certaines communes décident de mettre elles-mêmes des stratégies en place pour lutter contre les déserts médicaux. Deux exemples peuvent en être tirés :
• A Sens, dans l’Yonne, les praticiens de SOS-Médecins deviennent les médecins référents des personnes âgées qui n’en avaient pas ;
• A Capestang, dans l’Hérault, le maire a engagé des médecins en tant que salariés du centre municipal de santé créé par sa commune. Il a trouvé en 3 mois assez de médecins pour combler ses besoins.

D’autres solutions sont aussi avancées notamment l’idée d’une mesure coercitive. En effet, d’après un sondage Elabe pour RMC, 80% des français sont favorables à des mesures contraignantes pour obliger les médecins à s’installer dans les déserts médicaux. L’idée est celle d’un contrat social : en échange du paiement de vos études par l’Etat, vous acceptez d’exercer là où l’Etat a besoin de vous. La question de la technique du conventionnel sélectif a aussi été proposée par l’ancienne Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Cette technique déjà appliquée aux infirmiers prévoit des cartes avec les besoins, les zones dotées et peu dotées. Les infirmiers ne peuvent s’installer qu’à la condition de remplacer un collègue.

Mais pour répondre au défi des déserts médicaux, il faut surtout prendre des mesures cohérentes et globales d’aménagement du territoire. En effet, les déserts médicaux sont souvent des zones déficitaires en services et en commerces. Demander à un jeune médecin de s’installer dans une zone où son conjoint n’aura pas d’emploi et son enfant pas d’école n’est pas acceptable. Il y a donc une attractivité et une égalité des territoires à réfléchir pour mettre un terme aux déserts médicaux.

En bref, lutter contre les déserts médicaux, c’est lutter contre les inégalités de territoire. Des mesures prises en œuvre pour inciter les jeunes médecins à partir dans les zones déficitaires ne combleront pas entièrement les besoins. C’est bien une réforme structurelle et globale qu’il faut penser.